Non pas que l’histoire qui se crée ici est différente de celles qui se sont écrites à l’étranger –chaque quartier nourrit sa propre histoire avec les Gaspard, sa propre relation- mais bien parce que c’est la première fois que la nouvelle équipe, européenne, envahit un quartier en France…après la Pologne, l’Allemagne et la Roumanie. Drôle de sensation pour les Français de l’équipe de (re)découvrir et comprendre les premières interrogations des habitants, les réflexions de tous genres, la rumeur sur ces « nouveaux voisins » qui se propage au moins aussi vite que ne souffle le vent sur le Sillon.

Quelques bribes de conversations captées au vol lors de nos sorties « en civil » ont dévoilées que les « casquettes rouges », comme on nous appelle ici, n’étaient pas tous français. Les quelques mots enseignés par des « Gasparazzi » à Szymon, Justyna et Adam, répétés dans un français approximatif, confirment les doutes. Mais alors d’où viennent-ils ? Sont ils Anglais, Allemands, Russes ??? Les suppositions vont bon train. Mais à la différence de Lublin ou Brasov, aucune piste sur la dimension européenne n’est avancée. Alors que les habitants de Majdan Tatarski et Noua voyaient en la présence des Gaspard une manifestation concrète, palpable de leur toute nouvelle appartenance à l’espace européen, telle une sorte de message de bienvenue aux nouveaux pays entrants (!!!), ici la perception du caractère européen est bien moins présente. Pourtant malgré les distances, aussi bien géographiques que culturelles, et la singularité de chacune des rencontres entre ces Gaspard et les quartiers visités, bon nombre de similitudes sont évidentes. Les mêmes gestes reviennent, les mêmes appréhensions, le même désir de communiquer avec cet étrange étranger, la même complicité qui s’installe jour après jour. Mais déjà certaines personnes questionnent : « Est-ce que les casquettes rouges vont ensuite aller ailleurs, sur d’autres territoires » et ainsi redevenir vierge de tout ce qu’on leur a enseigné ??

Dans quelques jours aura lieu la première Danse de la Nuit, puis les autres suivront. Les habitants pourront alors découvrir, à travers le spectre de la vidéo, les instants captés au Sillon mais aussi le voyage des Gaspard à travers l’Europe. Autres décors, autres langages et autres couleurs de peau mais toujours le même rapport aux Gaspard : un besoin de communiquer et de leur apprendre les gestes d’ici, pour les intégrer un peu plus dans la propre histoire du quartier. Mardi soir c’est sûr, après la Danse de la Nuit, les questions fuseront sur le séjour des Gaspard à travers l’Europe, comme cela a été le cas dans les autres pays. « Qu’est ce qui leur a été enseigné ailleurs ? Comment ont-ils été accueillis ? Et comment sera perçue l’histoire des Gaspard au Sillon dans leurs futurs autres lieux d’escales Est-ce que c’est vraiment différent ailleurs »

Quel que soit l’endroit et la rencontre qui s’écrit, c’est toujours le même témoignage qui apparaît, celui de l’intégration des casquettes rouges à un territoire et son histoire. Finalement, on est peut être pas si différents… et comme le dit Abdel, « on est tous cousins !! ».

Mathieu