SAINT-HERBLAIN Jeudi 10 mai
Par Cie Le Sablier, jeudi 10 mai 2007 à 20:00 :: Le petit journal de Saint-Herblain :: #251 :: rss
Jour 8
Attention ! Un Gaspard !
Les regards se posent sur les casquettes rouges, immobiles, sur chaque tête de Gaspard qui se penche sur lui-même.
Du haut de leur chez-soi, les Herblinois regardent ce qui se passe en dessous. Les paroles débordent de leurs fenêtres.
Sous les yeux des habitants et du personnel d’entretien, un jeune adulte se décide à intervenir, pour changer l’image,
la rendre plus vivante, plus ajustée à son imagination. Porteur d’une casquette grise, il déplace un Gaspard.
Puis il part à la recherche des autres selon les directives d’une femme au « je ne sais quel étage ! ».
Quand on regarde les façades du monstre de béton, on ne distingue rien de vivant, ni de portrait qu’encadreraient les espaces réservés pour faire entrer la lumière dans les logis qu’on imagine.
Parfois, atterrissent des yaourts, des œufs, des tomates, et des objets non identifiables après leur écrasement au sol.
Jamais on ne peut savoir d’où ils ont commencé leur vol. C’est comme si le bâtiment, lui-même vivant, rejetait de la nourriture par jeu ou par surplus.
Pourtant des gens empruntent les entrées pour ressortir du monstre. Pourtant des gens entrent comme avalés par l’objet de tous les regards, même ceux lassés par tant de temps à attendre. Pourtant, des gens d’en haut interpellent d’autres en bas, qui marchent sur les dessins d’architecte. Ces virtuoses de la géométrie ont placé ici ou là des petits objets en volume recouverts de faïence bleue et blanche, soulignant ainsi des lignes de pensée ! Cela ressemble à un rébus, à une énigme.
Vue d’en haut, les fourmis font rouler leur petit chariot de produits alimentaires, pour, sans doute, nourrir le monstre.
L’activité humaine se surréalise !
Le jeune adulte revient avec deux Gaspard qu’il sculpte assis sur un rebord « décor » en face de l’entrée 3, côté sud.
Il revient vers mon Gaspard pour rectifier une position. Repart et disparaît quelques minutes puis revient avec un autre personnage qu’il installe devant l’entrée 7. Il me déplace à mon tour. Me fait asseoir, rectifie ma sculpture pour alléger le poids des bras, le poids d’un dos vrillé, le poids du vent frais qui s’immisce sous les vêtements de Gaspard, le poids du temps à attendre.
Les feuilles des arbres agitent le vent qui joue à faire de la musique avec le monstre. Les personnages immobiles agitent les gens d’ici. Les mômes enseignent aux vieux des trucs d’une extrême urgence comme : marcher à cloche-pied, faire des gestes interdits, courir sans fatigue, crier à qui mieux mieux, danser à tourner en rond, s’accroupir, se rouler par terre, crier, encore, des mots imagés qui décrivent leur inconscient bouillonnant en cours de fermeture au monde du dissible.
Les grands, eux, ne disent mot mais, pour autant, bougent le Gaspard, mine de rien.
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