Pourtant nous ne pouvons pas qualifier l’endroit dangereux, ou particulièrement violent, qui verrait des jeunes spectateurs stopper les interventions de nos personnages prématurément. Non ! Le quartier du Sillon de Bretagne, immense building de 26 étages et se déployant sur près de 800 mètres ne nous paraît plus si grand, lourd et écrasant. En quelques jours nous avons pris la dimension du territoire mais sommes encore à la recherche de la compréhension de sa population. Hier matin, un spectateur part à la recherche des Gaspard pour les positionner devant l’entrée de son immeuble. La tâche accomplie, il les met en position, immobilisés dans des poses presque banales qui semblent exprimer une scène de la vie quotidienne de gens qui rentrent chez eux. Un adulte, de sa fenêtre assiste au spectacle et dit, hilare : « pourquoi faut-il qu’on les mette toujours dans ma cage ? » - il voulait sans doute parler de sa cage d’escalier. Mais le raccourci me donne à penser à une autre cage, peut-être même à une prison, la prison de l’habitude. Le temps s’est arrêté. L’espace se rétrécit, le temps s’étire, nous finissons une première semaine qui marque la mesure de notre implication sur le lieu. Et j’ai peur de sortir du quartier et de rompre ce phénomène. Voir autre chose, bouger pour d’autres raisons que la raison dramatique, ne va-t-il pas nous faire régresser ? Un ado prend la casquette de mon Gaspard et me trimbale d’un endroit à un autre, parmi les voitures du parking que surplombe l’immeuble en demandant aux autres jeunes restés dans leur entrée : « qui veut l’adopter ? » Les situations vues, les choses entendues, nourrissent le Gaspard et le transforment plus encore que nous le supposons… jusqu’où ?