SAINT-HERBLAIN - Jeudi 3 mai
Par Cie Le Sablier, jeudi 3 mai 2007 à 20:00 :: Le petit journal de Saint-Herblain :: #231 :: rss
Jour 2
J’écris pour maintenir le lien.
En réalité je ne souhaiterais pas écrire.
Je vis les situations, heureux de voir les gens autour participer à cette… chose.
Difficile à définir, difficile de prendre du recul sur les choses de la rue, les événements du quartier. Ce n’est sûrement pas la première fois que cela m’arrive mais c’est comme si ça l’était : je ne me tiens pas à distance. Je suis dedans. J’éprouve ma capacité à résister à l’envie de refaire ce que les gens veulent nous faire faire. Ils doivent nous enseigner. Les Gaspard doivent oublier ce que les acteurs savent. Il nous faut être neufs. Les jours de Lublin ou de Brasov sont loin ! Pourtant, je sens les comédiens impatients de faire. Les heures d’immobilité passées dans les deux quartiers étrangers nous sont, au Sillon, interdites. Nous évoluons rapidement. Cependant la nécessité d’enseigner au Gaspard quelque chose qui tracerait un lien entre les personnages et les spectateurs ne se développe pas plus vite, et peut-être moins rapidement, qu’ailleurs. Rien n’est fait, pas même la gagne de la sympathie, l’admiration, ou même la convoitise qui nous mettaientt à l’abri des risques de violence par manque de respect. Cependant, un événement très encourageant nous montre peut-être une voie inattendue : des jeunes adultes ont « colorié » au marqueur les visages de deux Gaspard. Cela n’était pas arrivé à Gaspard depuis dix ans. Un autre s’est vu écrire des mots sur son front. Alors que, dès la rentrée dans la loge, Szymon n’en crois pas ses yeux et nous demande si c’est bien JESUS qu’il y a d’écrit, là, sur ses bras et son front (du reste, on pense immédiatement à Olivier lisant les mots de « Sans » de Samuel Beckett écrits sur sa peau, pour le spectacle que nous avons donné à Bucarest : Gaspard Les Enfants Sauvages de l’Europe), nous lui répondons que ce n’est pas du tout Jésus mais Je suce ! Quoiqu’il en soit, n’attendons rien, et soyons surpris toujours, en grands naïfs que nous devons être. Ne jugeons pas, vivons ! Peu importe le sens exact des mots et des gestes, l’essentiel c’est que le public nous intègre. Nous avons deux semaines à vivre au jour le jour. Le sang a coulé du crâne de Dmitri après avoir reçu un caillou alors que nous rentrions.
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