Boîte à chaussures à la main, nous sommes entrés dans le long couloir qui mène au labo photos du Centre Social du Sillon de Bretagne faisant office de loge. Les Gaspard se sont habillés là, dans l’odeur des produits de révélateur et de développement. Cependant que je lace mes chaussures, je me demande quelles choses vont nous être révélées. Je me demande si, dans mon propre pays, je vais pouvoir faire fi des apparences, de la soi-disant connaissance des gens qui vivent là. Je me demande si j’ai la capacité à oublier ce qui m’a tellement apporté des autres actions menées depuis 2005, à Lublin, Berlin, Majdan Tatarski, Brasov. Les gens de là-bas s’inscrivent sur les mêmes costumes que nous portons. Alors que j’ajuste la languette de mes « grolles », je constate qu’elles sont encore souillées de la terre de Brasov. Dmitri me pose une question : « pourrons- nous entrer dans les locaux à poubelles ? »

Je pense immédiatement aux fabuleux attraits des containers du quartier de NOUA à Brasov. Je lui réponds dans le même sens de sa pensée et que je n’y vois pas grand intérêt. « Ici les vaches ne viendront pas nous disputer le territoire ! »

Puis, quand l’heure de la première apparition au Sillon de Bretagne sonne, les Gaspard sortent en empruntant le même parcours que les comédiens que nous étions 15 minutes plus tôt. Nous ne sommes plus nous-mêmes, mais déjà des personnages avides de savoir.

Le tour du territoire nous enseigne qu’ici, les arbres, la verdure, nous donnent la mesure du contraste. Ici, ce sera, bien sûr, différent. Ici est notre nouveau pays. Ici les gens nous apprendront la vie qu’on mène ici. Ici, c’est ailleurs.

Avertissement A l’immobilité, un jet d’oignon qui s’explose à un petit mètre de mes chaussures, répond. Une pierre atteignant la tête d’un Gaspard qui mène la file des Gaspard qui rentrent, nous enseigne que le risque existe et que le prix de notre provocation sera élevé. Les rires des mômes, la confiance dans l’humain dont ils nous font preuve dès les premières minutes de jeu, forment le salaire de la journée. Voilà pour le premier jour !