BRASOV - Lundi 9 octobre 2006
Par Cie Le Sablier, lundi 9 octobre 2006 à 23:45 :: Le petit journal de Brasov :: #202 :: rss
Jour 11
Il faut s’imaginer…
il faut s’imaginer quatre barres d’immeubles quadrillant une cour mi-parking, mi-poubelles, mi-terrain de basket, il fait nuit et deux phares de voitures face à face éclairent un personnage avec une casquette rouge. Il fait nuit et frisquet. Il est 20h passée et les multiples fenêtres sont allumées, composant une mosaïque de couleurs comme autant de points lumineux, de regards, d’habitants, de spectateurs, de rencontres aléatoires… Ces couleurs pastelles découpées parfois par de curieuses silhouettes servaient de décors à cette danse de la nuit.
Il faut s’imaginer ce Gaspard gesticuler sous le panier de basket, il faut s’imaginer le son d’un Ave Maria enveloppant tout le bloc d’immeuble.
Il faut s’imaginer les spectateurs curieux, amusés, habitués, formant un arc de cercle timide, respectueux.
Il faut s’imaginer le rire franc et entier d’un gamin, l’ombre chinoise qui décuple les gestes du Gaspard devenu géant sur les façades, les phares, les mimiques, le chant, la casquette rouge auréolé par le panier de basket, le sol macadam devenu piste de danse, le parking devenu illusion, les lumières devenues kaléidoscope.
Puis vite, la musique finie, les phares s’éteignent, le Gaspard se cache, essoufflé, les enceintes sont rentrées, la caméra rangée, l’équipe fonce, le public se disperse, retourne chez soi, repart flâner dans le quartier. Ca n’a duré qu’une poignée de minutes volées ici et maintenant. Là et seulement là, juste pour ceux qui l’ont vu, qui ont voulu le voir, qui sont restés, qui étaient là.
Silence.
Une demi-heure avant, c’est Justyna qui avait inauguré les Danses de la Nuit entre un bosquet et un tourniquet. Toujours là, à la lueur d’une rampe de spots lumineux, mimant, gesticulant, recrachant les rencontres de quinze jours de travail dans le quartier. Un faciès souligné par les lampes, un reflet dans une flaque d’eau, des fenêtres qui s’allument et s’éteignent, des phares de voitures… Un micro événement intime…
Intime aussi pour moi : ça fait deux jours que je suis là, que je découvre les routes partielles, les flaques, l’herbe, les blocs d’immeubles, les tuyaux de gaz, les vêtements récupérés, les poubelles, les inscriptions, les jeux des enfants, des déambulations des habitants, les carrioles tirées par un cheval, les vieilles voitures, les espaces de jeux, le ciel bleu, le langage roumain, anglais, « frranchais ?? un peu ? », les compteurs des feux tricolores, la vodka perfekt, le centre-ville, les bus tous différents, les billets transparents, l’eau qu’il ne faut pas boire, les casquettes rouges que l’on s’approprie, que l’on apprivoise, l’échange !
Les Gaspards ne sont-ils pas la meilleure façon de connaître une ville ?
Guillaume
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