BRASOV - Vendredi 6 octobre 2006
Par Cie Le Sablier, vendredi 6 octobre 2006 à 19:15 :: Le petit journal de Brasov :: #201 :: rss
Jour 9
Les Couleurs de Noua
A Noua on est frappé par les couleurs.
En Roumanie, s'appuyer sur un mur revient à en garder les traces.
Comme les pigments utilisés en peinture, la poudre des immeubles déteint sur les vêtements.
Alors on erre avec les couleurs de Noua sur le dos. On y laisse aussi un peu de nous.
Les couleurs de Noua, ce sont d'abord celles des immeubles : des jaunes, des verts, des orangés, des gris en arrière-plan. Plusieurs couches donnent une patine aux façades. A leur pieds, des coins secrets de jardins verts et noirs où les chiens et les chats errants se faufilent, les mômes qui jouent dans la terre, des jaunes vifs et des marrons. Car c'est l'automne à Noua. Le soleil tape sur le quartier et on ramasse les feuilles à toute heure.
La caméra à la main, on passe dans les allées ombragées. Assis sur les marches des halls d'entrée, les bandes d'ados t'observent du coin de l'oeil.
Ce sont ensuite les couleurs vives des jeux d'enfants qui viennent saturer l'image vidéo, les rires sur les balançoires, l'herbe verte au sol qu'on piétine pour passer de l'autre côté de la rue.
Passage dans les quartier rom. Ici, les carreaux colorés aux fenêtres contrastent avec la rue démolie, le bitume brisé qui produit tant d'éclats de gris. Les couleurs turquoises des villages roms ont été délavées par la ville.
Au bout de la rue, l'espace ouvert des terrains vagues et des usines.
On y construit des gammes de couleur dans des assemblages de tôles ondulées aux tons bigarrés. La rouille y ajoute une tonalité rougeâtre. Des énormes poubelles, vidées et remplies plusieurs fois par jour, renferment les résidus colorés des gens et des animaux du quartier.
On tourne enfin le regard vers l'horizon, et la vue se couvre de blancs. Le temps semble ralentir. La fumée des usines et le brouillard envahissent progressivement le paysage. Nicolas, qui s'occupe des vaches non loin de là, évolue dans différentes strates colorées, dont il semble garder les clés. La vue se brouille.
A Noua, les couleurs agissent par vagues. Du rouge rosé au vert usé par le temps, elles traversent le quartier, viennent en adoucir les contours. Mais comme dans le baroque elles en sous-tendent le drame. De l'autre côté du miroir, la patine des immeubles témoigne de leur vieillesse et de leur vétusté.
La couleur, qui accroche le regard et la vie du quartier, y est aussi cache-misère.
A Noua les murs laissent plus que des marques.
Claire
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