BRASOV - Mercredi 4 octobre 2006
Par Cie Le Sablier, mercredi 4 octobre 2006 à 19:45 :: Le petit journal de Brasov :: #190 :: rss
Jour 7
Le ciel est toujours bleu dans le paysage de Noua.
Ce matin, dès 10h, alors que nous mettions les pieds dans nos grosses chaussures de Gaspard, une brume de chaleur rendait les sommets comme flous.
Un gosse, d’une dizaine d’année, nous attend à la sortie de l’école. Il nous suivra jusqu’au bout, prenant une à une chaque casquette de Gaspard s’arrêtant. La mêlée que ça a donnée ensuite ! Tout devenait compliqué pour lui. Se déplacer, s’asseoir, se lever, avec sept Gaspard sur le dos qui le collent et qui montrent tous une grande envie d’apprendre. Une fois, un Gaspard marche sur le talon de ses « nu-pieds », qu’elle histoire pour qu’il puisse remettre sa chaussure. Et puis tout s’est arrêté quand un fou rire a pris un Gaspard puis un autre et un troisième et tous sont partis en gondole alors on a stoppé là.
Gaspard n’a pas d’émotion. Gaspard rit lorsqu’on lui apprend.
Depuis environ 120 semaines d’action, Gaspard n’a jamais ri ou pleuré. Jusqu’à cette après midi.
Dans la rue des gitans, je mène Dimitri Gaspard vers un espace ressemblant à un square. Sitôt avoir pris l’angle de cette fameuse rue, nous sentons que tous les regards se portent sur nous. Nous continuons d’avancer quand les gens affluent. Je stoppe Gaspard là et part plus loin. Il m’a raconté la suite. A peine en place, un jeune garçon et une fille plus jeune encore se disputent la casquette. Ils en viennent aux mains, aux pieds devrai-je dire. Il lui fiche une grande gifle, elle se rebiffe lui crache au visage, et lui, il décoche un coup de pied, la fille ramasse une pierre, le menace, une vieille arrive à la rescousse, se saisit d’un gros caillou, elle va le lancer c’est sûr, c’est alors que tout bascule dans le bon sens. Ouf ! On a eu peur.
Et mon Gaspard, quelques minutes plus tard, se trouve lui aussi dans un nouveau lieu, à proximité d’un bar. Une trentaine de mômes, ados et adultes sont autour de moi. Un jeune arrive, 17-18ans. On lui donne ma casquette, on s’asseoit. Le jeune gars me regarde. Je le regarde. Il montre une certaine émotion dans ses yeux. Il plonge la tête et commence à pleurer, devant l’assistance qui reste coi. Je joue, je ne fais que ça. Je suis lui. Il relève la tête de temps en temps, on se regarde et l’émotion devient plus forte. Les larmes coulent de ses yeux et je puise au fond de moi les larmes qu’il me souhaitent. La scène se poursuit sans faire fuir l’assistance. Il me passe une main derrière le dos pour me consoler, je passe ma main sur son dos pour le consoler. Nous nous regardons. Son regard est compatissant. Enfin les sourires, enfin les rires. Apprentissage à nouveau mais cette fois de la gaîté. Un quart d’heure plus tard, assis sur un banc, plus de monde encore assiste à l’apprentissage de la parole.
Gaspard peut pleurer, être content aussi. 120 semaines d’action et me voilà payé !
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