BRASOV - Mardi 3 octobre 2006
Par Cie Le Sablier, mardi 3 octobre 2006 à 19:24 :: Le petit journal de Brasov :: #184 :: rss
Jour 6
Jour des questions et du questionnement !
Que penser de ce jeu ?
Agir une fraction de seconde après le spectateur ? Reprendre ses poses, ses mouvements ? Pour quoi ?
Est-ce que ça fait vraiment avancer quoique ce soit ?
Certains comédiens ressentent déjà la fatigue. Je n’arrive pas à trouver les mots qui pourraient les dynamiser.
Oui ! On reproduit mais qu’est-ce qu’on cherche au fond.
Je me sens bien dans cette activité simple. Hier soir, après la sortie et avant la douche, j’ai écouté des sonates de Beethoven. Pendant cette audition j’ai repensé au jeu de l’après midi. Je revoyais les poses, les mouvements, les mimiques de la jeune adolescente qui se donnait en spectacle avec le Gaspard que j’étais. Cela faisait comme une danse sur la musique de la « Sonate au clair de lune ». Entre rêve et réalité, je revivais les scènes. La musique bien présente, pourtant d’un autre siècle, accompagnait les gestes imaginaires d’un passé proche, si proche que je pouvais, si je m’étais laissé aller, reproduire sans oubli.
De même ce qui s’est passé cette après-midi.
Un grand ado, dans les 17 ans, chipe la casquette des mains du môme qui me baladait. Il prend des poses, grignote des pipas, me regarde, se regarde, joue un peu, mais je le sens tiraillé entre l’envie de jouer et de m’apprendre ce qui me manque à ses yeux, et la peur de le faire vraiment devant ses potes, filles ou garçons. Je suis là, moitié assis moitié debout, identique à « mon » spectateur. Je regarde ses mains qui se crispent parfois sur la visière de ma casquette. Il rit, il ricane devrais-je dire. Je le copie, je le calcule, je suis capable d’être presque dans le même temps.
De quel temps s’agit-il ?
Il change de place, de bloc. On se retrouve alors, en compagnie de son pote à la voix très grave, devant un immeuble bordé de nombreux arbres. Sur le perron, une vieille femme remplit deux seaux avec les pommes de terre sorties de sacs éventrés posés là. Je comprends que, ne pouvant monter les sacs jusque chez elle, elle utilise les deux seaux en plastique. La bonne idée de l’ado est de mettre le Gaspard devant la femme, en sculpture avec la casquette sur la tête et le doigt d’honneur dans sa direction. Le temps passe sans que la vieille ne lève la tête. J’ai envie de réagir et de monter ses sacs jusqu’à son logis. Le temps passe devant cette image laborieuse. Enfin elle lève la tête et doit me voir sans que je puisse croiser son regard car les jeunes gens ont changé quelque peu la sculpture.
Je l’entend dire quelque chose. On me tourne la tête, on insiste pour que mon doigt se trouve dans la bonne position. La femme reprend son travail.
Et nous, spectateur et Gaspard, nous reprenons notre route vers d’autres lieux.
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