Notre coordinatrice locale nous a fortement déconseillé de jouer ce jour-là sans que ce soit vu comme une provocation. Donc nous nous sommes abstenus.
Du reste, les comédiens doivent ressentir une fatigue bien compréhensible. Le jeu écrit une histoire de plus en plus intense. Tout le monde joue, essaye d’éduquer ces vieux enfants qui arpentent le quartier quatre heures durant.
Hier avait lieu la première « Danse de la nuit ». En réalité, il y eut deux danses en simultané : Szymon sous les néons du petit centre commercial, Olivier sous les arbres, près de l’espace où se réunissent les mères et les plus jeunes, le matin et les fins d’après midi.
Chacune des danses avait sa couleur, son atmosphère et son improvisateur. J’ai choisi de suivre celle avec Olivier.
Dans une ambiance intime, caché dans l’obscurité de la nuit, Gaspard libéra son message tout de poésie et de délicatesse. Chopin avec les « Nocturnes » rythmait ce moment dans le silence que les spectateurs observaient quasi religieusement. Un homme saoul voulait prendre la casquette du Gaspard gesticulant, – pour une fois qu’il n’y avait pas les enfants pour lui rendre inaccessible l’objet de toutes les attentions depuis deux semaines ! –, et un jeune spectateur s’occupa de lui avec beaucoup de respect.
Les gens d’ici regardèrent le spectacle qu’Olivier rendait de plus en plus sensible au fil des minutes qui s’écoulaient. J’étais pour ma part ému de tant de jours d’inquiétudes, de doutes. Ces angoisses s’envolaient avec les mouvements, les grimaces et toute l’attention du comédien à reproduire, dans le langage de Majdan Tatarski, l’expression de ses habitants.