Me voilà échappé de l’aventure polonaise, extirpé des Gaspard et de l’histoire qui s’écrit à Majdan Tatarski pour une excursion roumaine de quelques jours…. paperasserie et formalités administratives obligent. Dès mon arrivée, Doru, le coordinateur roumain, m’attrape au vol (c’est le cas de le dire) pour un planning millimétré. Au programme, rencontre avec les autorités locales, organisation de conférences de presse, arrangement avec les restaurants locaux et recherche de logements. L’internat baptiste du secteur veut bien nous ouvrir ses portes, à condition de respecter « les règles » : pas de téléphone, pas de musique, pas de sortie après 23h…le ton est donné. Doru me fait comprendre qu’une boîte de chocolat en cadeau permettra d’assouplir un peu la discipline…spaga spaga, il semble que ce genre d’arrangement soit coutume ici.

Les trajets en voiture me permettent de découvrir un peu plus la ville (la conduite aussi est une particularité, même en temps de grosse chaleur, il est déconseillé de passer le bras par la fenêtre !!). La ville dévoile ses nombreux visages : d’immenses bâtiments, à l’abandon avant que d’avoir été achevés, sont plantés un peu partout comme les derniers vestiges d’une période où la mégalomanie d’un génie des Carpates n’avait d’égal que son goût pour la démesure. Le temps les a figés dans un tranquille repos, au milieu du grouillement de la ville.

Nos déambulations nous amènent dans le nouveau secteur résidentiel de Bucarest : Pipera. Une nouvelle ville est en train de se construire en périphérie de la capitale. Il y a à peine 10 ans, cette zone n’était qu’une vaste étendue de prairies, achetée par un berger opportuniste, devenu l’homme d’affaires le plus riche du pays. Le décor pourrait être celui d’une série hollywoodienne tournée dans un quartier résidentiel de Los Angeles : villas, piscines privées, Porsche et Mazeratti…notre vieille Dacia dénote un peu dans ce paysage !
De l’autre côté de la ville, Ferentari, le quartier interdit. Ce ghetto rom n’est desservi que par un unique transport en commun, sur l’artère principale. On s’enfonce dans les ruelles, les blocs noircis datent d’une autre époque. Des tas de poubelles jonchent le trottoir, des enfants pieds nus s’amusent dans les ruelles défoncées tandis que des adultes se retrouvent sur les marches des immeubles… le contraste est pour le moins saisissant !

Dès que notre emploi du temps nous le permet, nous nous échappons dans le district de Militari, qui deviendra le prochain quartier d’accueil des Gaspard. Les barres d’immeubles côtoient les modestes maisons, arrière-cours et petits passages secrets font face à de grands espaces laissés à l’abandon de hautes herbes ; la rue semble être le lieu de rencontre pour les habitants, en partie rom, qui vivent dans le quartier… on s’y croise, on y joue, on s’y engueule…elle est animée du matin au soir. Pas de doute, c’est un quartier pour les Gaspard !!
On le saura très vite, dans quelques jours, 6 casquettes rouges se planteront au milieu du décor…